Histoire du port du Loch-Partie 5

Les Primelinois(es)

Bien avant 1903 … à Primelin

Par Hervé THOMAS

Plan du Loch

Plan du Loch

Auguste-Jean-Marie, Baron BACHELOT DE LA PYLAIE (1786-1856) est un botaniste, un explorateur, un dessinateur, un archéologue, doté d’une curiosité et d’une ouverture d’esprit peu communes. Il est un grand voyageur, principalement à travers la France mais aussi en Afrique et en Amérique. En 1850, il publie un livre intitulé « Études archéologiques mêlées d’observations et de notices diverses ».
Un passage m’a particulièrement intéressé, car il nous parle de la réalisation d’un port au Loc’h en Primelin.
 » Port de refuge à créer dans l’anse du Loc’h, entre Audierne et la pointe du Raz-de-Sein. »
Les fréquents et inévitables naufrages qui se répètent annuellement sur les côtes de la baie d’Audierne m’en ont fait étudier avec soin toute la partie occidentale, parce qu’elle est la plus dangereuse. On peut arriver souvent avec l’espoir de la vie sauve, en faisant côte sur cette plage sablonneuse qu’on appelle le plateau de Penhors, et qui s’étend en demi-cercle d’Audierne jusqu’à la pointe de Penmarch ; tandis que toute la partie occidentale de la baie, sur une longueur de quatre lieues et demie, ne nous présente plus jusqu’à la pointe du Raz, excepté quelques anses, qu’une côte formée de rochers à pic, contre lesquels les flots viennent se briser pendant les gros temps, de la manière la plus impétueuse.
J’ai examiné en conséquence toutes ces anses avec attention, et l’une d’elles, qui est en même temps la principale, devient par sa position au milieu de toute cette longueur de côte, par son étendue suffisante, ses autres avantages particuliers, l’endroit où le gouvernement devrait établir cet asile si nécessaire aux navires. On pourrait, par la suite, en faire un bon port de marée, comme Morlaix, Audierne, Quimper, etc. Il faudrait des travaux… ; mais les travaux sont et seront toujours la poule aux œufs d’or du génie, et quand un intérêt majeur, celui du commerce et l’humanité les commandent, il doit les provoquer. Il faut remarquer d’abord que l’entrée de l’anse du Loc’h n’est point barrée, comme celle du port d’Audierne, par un vaste plateau de rochers. Depuis le sud, jusqu’à l’ouest, on peut y venir à pleines voiles ; seulement, par les vents du sud-est, il y aurait à tourner les rochers qui s’avancent de ce côté, au-devant de son ouverture.
Comme les vents entrent en plein dans cette anse, depuis le sud-est jusqu’au sud-ouest, il deviendrait alors indispensable d’établir un brise-lames en face de son entrée, derrière lequel deux môles opposés, partant de la côte et s’entrecroisant à la distance requise pour le passage des vaisseaux, formeraient derrière eux le port de refuge.
Ce port serait ensuite parfaitement abrité des vents d’ouest par la haute chaîne qui porte sur son extrémité la chapelle de Notre-Dame de Bon-Voyage, au delà de laquelle elle forme le reste de la côte jusqu’à la pointe du Raz. Les hauteurs du fond de l’anse le protègent contre les vents du nord ; et celles ensuite qui portent le bourg de Primelin, situé près d’elle du côté de l’orient, ainsi que leur extension qui forme la côte défendraient à leur tour le port que nous indiquons, du côté du nord-est et de l’est.
Cette localité ajoute encore aux avantages que nous venons de mentionner une gorge profonde, par laquelle les eaux d’un bassin, long de trois lieues d’occident en orient, arrivent de deux côtés opposés au fond de l’anse. L’entrée de cette gorge ayant été obstruée par la mer, comme dans presque tous les lieux analogues, par un atterrissement de sables et de galets, on a profité de celui-ci pour l’établissement de la chaussée sur laquelle passe le chemin vicinal qui se rend d’Audierne à la pointe du Raz ; et par derrière se trouve un étang, en partie rempli de roseaux, dont le déblayement ne serait pas difficile. C’est là qu’on pourrait établir un arrière-port, ou des bassins dans lesquels on tiendrait les navires toujours à flot, au moyen d’écluses, ainsi qu’au Havre ; et de chaque côté, l’étendue du bas-fond permettrait de construire des maisons.
Le cours d’eau qui arrive ici par le vallon dont nous venons de parler serait utilisé pour les besoins des pêcheries de sardines, du lieu et du maquereau, dont le port de refuge favoriserait l’établissement. Sauf erreur de ma part, je crois qu’on peut faire beaucoup ici, d’autant plus qu’il y a tant de circonstances où les navires ne peuvent franchir le passage du Raz, et qu’ils trouveraient au Loc’h, tout auprès, un port de relâche parfaitement sûr ! Son entrée présente encore soixante pieds d’eau au maximum d’abaissement des marées des équinoxes, tandis qu’Audierne n’en a que douze environ.
Je dois ajouter encore que c’est le long de la côte de Notre-Dame de Bon-Voyage, et surtout vis-à-vis l’entrée de cette anse, que les navires viennent se mettre à l’abri lorsque les vents et la marée leur refusent le passage du Raz : ils se tiennent dans cette espèce de mouillage jusqu’au moment où il devient praticable.
Comme on m’avait indiqué quelques réduits où l’on croyait possible d’établir un petit port, j’ai suivi toute la côte depuis l’anse qui nous occupe jusqu’au Bec du Raz ; j’ai vu toutes ces criques, et je me fais un devoir de déclarer qu’on n’y obtiendrait que des résultats minimes, avec des frais énormes.
On m’objectera peut-être que la mer brise en avant du Loc’h dans les gros temps ? Elle y brise en effet comme elle brise en avant d’Audierne, en dehors du plateau de la Gamelle; mais ces brisants n’ont pas empêché l’établissement du port, et l’entrée du Loc’h offre l’avantage majeur de n’être pas masquée et interdite pendant les tourmentes, par une autre Gamelle. Je terminerai cet exposé en appuyant ma demande sur la sanction des marins de l’île de Sein et des côtes voisines : ce sont pour moi des autorités compétentes : et le gouvernement, en l’accueillant, offrirait une nouvelle sécurité pour la marine marchande, ainsi qu’aux vaisseaux inférieurs de la marine royale.

Pour que l’histoire ne meurt pas(écrit parBlandine MEIL épouse DANZE en 1991).

« En la terre d’Armorique
Tout là-bas vers L’océan
Où fleurit le jonc celtique
Où vole le cormoran »
Entre mes doigts, je tourne et retourne une médaille à l’effigie de NAPOLEON III. Encore un de ces objets qui traîne dans mes tiroirs, dans ma boîte à trésors. Bien des fois j’ai voulu la jeter, mais toujours quelque chose me retenait. « Raconte encore grand-mère, me dit ma petite-fille, l’histoire de la médaille ».
Alors, pour que l’histoire ne meurt pas, pour mon plaisir, celui de mes petits-enfants et peut-être de quelques lecteurs, je hisse la voile sur l’océan de ma mémoire, espérant que le vent me soit favorable, pour vous narrer ces quelques bribes de souvenirs, transmis oralement de veillée en veillée et échouant aujourd’hui sur ce rivage.
Qui était donc cet ancêtre qui, à lui seul et pieds nus, seize hommes sauva d’un naufrage ?
Nous sommes en 1855, sous la deuxième République. C’était donc avant le téléphone et l’électricité, avant les automobiles et la navigation à vapeur. Dans le Cap Sizun, souvent noyé sous un crachin ou émergeant sous un ciel rieur, vivent des gens à la fois pêcheurs et cultivateurs. La vie est rude, il faut tirer son pain de là où l’on peut. Le pain de seigle, les pommes de terre, le lard et la bouillie de froment forment le menu frugal de tous les jours. Le poisson aussi, quand la mer le permet, ainsi que des berniques et des bigorneaux que les enfants cueillent à marée basse.

Médaille de Napoléon III - Courage et dévouement

Médaille de Napoléon III – Courage et dévouement

Dans le village de Kerdugazel habite la famille DANZE, le père, la mère, et leurs trois enfants : Pierre, Yvon et Marie. Le travail ne manque pas. La terre demande des bras solides et le père est rigoureux quand il s’agit du travail.
Pierre y est habitué. Il a fait ses études collégiales au petit séminaire de Pont-Croix, avec les Pères GRIGNON DE MONFORT, où sévérité et discipline étaient au programme. Aussi, à chaque période de vacances, vive la liberté ! Il prend le chemin de la côte, lieu de rendez-vous des gamins du village. Aucune crique, aucune plature (grève) ne leur sont inconnues. Ils défient la marée montante jusqu’au dernier moment et c’est un jeu pour eux, d’escalader les rochers à la vitesse de leur jeunesse. Pierre aime braver les éléments. Du sang celte coule dans ses veines. Il est né, comme dit un proverbe breton, avec de l’eau de mer autour du cœur.
Septembre 1855. Le temps des gamineries a passé. Pierre a vingt huit ans. Rentrant des champs, il dit à la maisonnée attablée :
– Ça moutonne au large, le mauvais temps s’en vient.
– C’est l’équinoxe, lui répond son père.
Le lendemain matin, la sirène d’un navire en détresse a réveillé les gens de la côte. Pierre, sans mot dire, enfile son bragou (pantalon), sa vareuse et saute dans ses sabots. Il attrape au vol un falot que sa mère lui tend. La purée de pois est épaisse. « Sois prudent » lui dit-elle. Elle le connaissait bien son Perric (petit Pierre), elle savait qu’il ne ferait qu’à sa tête ou n’agirait que selon son cœur. Chemin faisant des voisins se joignent à lui.
– Voyez-vous quelque chose ?
– Dirigeons-nous vers Porz Tarz, il doit être dans ce coin !
Débouchant ensemble derrière la dune, ils le virent là, le géant, orgueil des mers, donnant de la bande, la coque crevée, les voiles pendantes.
« Ce n’était plus qu’un bateau sans falot
qui s’enfonçait coque et mâts dans les flots »
O ma Doué! O Santez Anna! O pet truez !

Tous ils se signèrent.

Médaille de Napoléon III - Courage et dévouement

Médaille de Napoléon III – Courage et dévouement

Spectacle terrifiant sur l’écume bouillonnante ! Des vies humaines se soulèvent et disparaissent tour à tour dans les vagues, luttant jusqu’au bout de leur souffle contre les rafales, la houle, les rocs, contre tout ce qui nage, se soulève et se brise. La mer, après les avoir bercés furieusement, les rejette à la côte, ne faisant aucune différence entre les épaves et les hommes. Et comment faire pour les remonter sur le rivage ? Qui affrontera ces écueils que la mer couvre et découvre avec fracas ?
– Regardez, dit Jean le sabotier, voilà Pierre qui en ramène un sur son dos !
– Il n’y a que lui pour risquer sa vie ainsi, dit Pierre Gloaguen son voisin.
Le danger est grand. Aucun n’ose lui dire de ne plus retourner dans cet enfer. Ils font plutôt de leur mieux pour l’aider aussitôt qu’il en ramène un autre sur le rivage. Pendant ce temps, d’autres secours s’organisent. Des tombereaux garnis de paille fraîche sont amenés.
Yvon le frère de Pierre, fut envoyé quérir le médecin à Audierne, distant de cinq kilomètres. Eh ! Fouette les chevaux dans les chemins boueux aux ornières bien creusées ! Il avisa aussi les douaniers de la côte, selon la procédure légale. Un hôpital de fortune fut installé dans la grange des DANZE. En attendant le médecin, les femmes ont préparé des paillasses, distribué des vêtements, de la soupe et des boissons chaudes.
Ainsi réconfortés, rescapés et sauveteurs se remirent de leurs émotions. Pierre, les pieds et les mains ensanglantés d’avoir trente deux fois escaladé les rochers, dormit vingt-quatre heures d’affilée. Et l’on retourna au quotidien. Les gens de la côte ayant fait leur devoir de chrétiens et de citoyens, l’Administration Maritime prit les choses en mains.
Septembre 1856. Les tours de la Cathédrale Saint-CORENTIN viennent d’être inaugurées. Mais que nous importe ! Quimper est loin. Au bourg de Primelin, Cap Sizun, dans la cour de l’école communale, presque tous les habitants sont attroupés. Que se passe-t-il donc ? Les copains de Pierre soufflent de toute la force de leurs poumons dans leurs binious. Ils sont parés de leur vêtements du dimanche : gilets brodés et bragou braz, chapeaux ronds au large ruban de velours, boucle de métal bien astiquée. On peut voir le représentant de l’inscription maritime d’Audierne et le maire de Primelin, ceint de son ruban tricolore. Après le discours d’usage, il épinglera sur la poitrine de notre héros une médaille à l’effigie de NAPOLEON III. Au revers, ces mots :
Ministère de la Marine –APierre DANZE cultivateur– Courage et dévouement1856

De leurs marches silencieuses et sûres, cent cinquante ans ont passé. Les tours de la cathédrale de Quimper sont toujours debout, et moi, je tiens dans ma main cette médaille qui atteste de l’histoire. Qui n’a pas dans ses tiroirs quelque objet oublié attendant que l’on fasse revivre son histoire ?
Je vous mets au défi de la raconter.

Blandine MEIL (épouse DANZE.)

Il y plus de 20 ans que Blandine avait écrit ce texte en se servant comme sujet, la médaille et des bribes d’histoires retenues dans sa famille. Son mari Pierre DANZE répétait souvent : « mon grand-père habitant à Kerdugazul était d’une force titanesque, durant un naufrage il ramena à lui seul au rivage, 16 hommes sur son dos.»
Elle l’avais presque oubliée, cette histoire à moitié sortie de son imaginaire, mais sa sœur Annette MEIL épouse SICOURMAT, cartophile invétérée, s’est prise de curiosité pour cette histoire. Avec la passion qui l’anime pour la recherche, elle a fait le tour de ses connaissances afin de trouver le nom de ce bateau échoué en/ou vers 1855. Paul LE BESCOND trouva au archive de la marine les réponses : «La Province d’Oran» 206.60 tonneaux,Amateurs LE LOUP et RUEL du Havre. Immatriculé à Cette (Sète) avec comme Capitaine : LANGLOIS et 19 hommes à bord. Naufragé sous le raz de Sein le 13 septembre 1855. Il n’y eu aucune perte parmi l’équipage.

La recherche pour la médaille a donné ceci :
En date du 30 décembre 1856, trois médailles attribuées à trois hommes. Médailles de deuxième classe en argent.
1 – Jean-Yves DANZE
2 – Pierre DANZE
3 – Pierre GLOAGUEN – Cultivateurs à Kerdugazel.
Quelque info complémentaire sur la Cie du bateau :
Une nouvelle adjudication fut enlevée le 27-12-1852 par une Cie cettoise du nom de « Cie Impériale », entre la France et l’Algérie. Ce service devait commencer le 01-01-1854. Pour son programme, cette Cie devait construire 10 vapeurs de 350 chevaux en fer et à hélice et 6 autres de 80 à 120 chevaux.

On lança à Cette le 19-03-1853 un de ces derniers, « la Province d’Oran » qui effectuera un 1er départ le 30-06-1853 pour Philippeville et Stora. Pour commencer son service, la Cie impériale acquit et affréta un certain nombre de bateaux à aubes ou à hélices déjà affectés aux lignes d’Alger ou venus du Nord de la France, tel le Méditerranée, le Havre, la Ville de Marseille, le Hambourg, le Languedoc, l’Isly, la Province d’Alger, etc. Malheureusement pour elle, la Cie Impériale dut bientôt, faute de capitaux, renoncer à la lourde charge qu’elle avait cru pouvoir assumer, et le gouvernement fut contraint de recourir à un autre entrepreneur.

extraction de gravier et de galet au LochPlan d'extraction de gravier et de galet

extraction de gravier et de galet au LochPlan d’extraction de gravier et de galet

Pierre DANZE (le petit fils) se lance en 1932 dans l’extraction de gravier et de galets à la grève de Pors-ar-Briec, à l’est du port du Loch. L’entreprise de cimenterie qu’il a créé alimentera en matières premières toutes les constructions du coin durant une dizaine d’années.
Pierre migre, avec son épouse Blandine, au Canada dans les années 1951.

Marc Carriou et son épouse

Marc Carriou et son épouse

Pour la petite histoire, l’arrière-grand-père de Pierre DANZE (le mari de Blandine MEIL), a eu 10 enfants, dont Pierre et Yvon (Jean Yves) DANZE : les sauveteurs de 1855. Seulement 7 enfants atteindront l’age adulte et se marieront.
Dans les petits cousins de Pierre, j’ai pu trouver le futur Maire de Primelin : Jean Yves HELIAS (maire de Primelin de 1925 à 1941) et un certain Marc Jean Noël CARRIOU né à St Tugen en 1884. Ce Marc CARRIOU, je le retrouve également dans ma généalogie, car mon père Jean a comme cousine germaine : Jeanne CHAPALAIN (née à Custren à Esquibien) mariée à Noël Carriou, fils de l’intéressé. Bref, même si son histoire n’a aucun lien avec l’histoire du Loch, je la trouve suffisamment intéressante pour vous la présenter.

Marc Carriou – La vie d’un planteur aux Nouvelle Hebrides en PDF

 

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