Tel est pris qui croyait prendre !

Les Plouhinecois

Calomnie et sanction à Plouhinec en 1732

Par Christian BOLZER, CGF n°7911

Au bord du lavoir, à la sortie de la messe ou à la croisée des chemins les langues se délient. Il faut bien alimenter la chronique locale et quand l’actualité est en manque de nouvelles, pourquoi ne pas en inventer en glissant insidieusement quelques ragots à propos de la vie privée de tel ou tel. La calomnie est lancée et chacun sait qu’elle court plus vite que l’eau du ruisseau.

C’est ce que crut bon de faire Marie Cotten de Mesperleuc en Plouhinec, en racontant que son fils Jean Guillou a vu Marie Cabellic, Femme de Joseph Le Trividic…
Elle dut croire à son histoire car elle alla jusqu’à en accuser directement sa victime et la généraliser en lui déclarant que ses enfants étaient des bâtards.
Avec l’appui de son mari, la victime déposa plainte, voici ce qui en est résulté:

« Le deuxième jour d’après midy mil sept cent trente deux, devant nous, notaire du Marquisat de Pont-Croix, a comparu Joseph Le Trividic et Marie Cabellic sa femme, elle requérante de son dit mary authorisée aux fins de cette, demeurants au village de Perroz, paroisse de Plohinec, d’une part,
Et Jean Guillou et Marie Cotten sa femme pareillement à, sur requête de luy, authorisée pour l’exécution du présent, et autre jean Guillou leur fils, demeurants en même temps et ménage, village de Mesberleuc sur ladite paroisse de Plohinec d’autre part,

Entre lesquelles parties est reconnu savoir de la part de la dite Cotten et le dit Jean Guillou son fils ayant indiscrètement et contre vérité que le dit Jean Guillou le fils, avoir vu la dite Cabellic le 15.7/1731 environ les 8 heures du soir, en l’endroit nommé Roz ar Fottec, avoir une extrême complaisance pour Jean Donnars de Perros qu’elle avait laissé maître de sa personne, qu’il l’avoir vu même en posture et acte de connaissance charnelle avec le dit Donnartz,

ce que la dite Cotten aurait reproché depuis la dernière fête de la Trinité à la dite Cabellic en lui disant qu’elle savait aller chercher les hommes et se coucher sous eux, ce qu’ils ont rapporté à tant de personnes que journellement tantôt lui disant que ses enfants sont bâtards et qu’elle a commis le crime en sorte que toutes les calomnies estantes venues à la connaissance desdits Trividic et l…..dresser leur plainte contre ladite Cotten et ledit Jean Guillou son fils pour avoir réparations convenables et proportionnelles à la dite calomnie;
Mais lesdits Guillou et Cotten ayant eu avis de la plainte, reconnaissant leur faute, se sont addressés au Vénérable et discret messire Yves Conan, recteur, pour le prier de les retirer de ce mauvais pas; lequel faisant le devoir d’un bon pasteur a fait mander les dits Trividic et femme pour mettre la paix entre les parties;
Sur quoi la dite Cotten et le dit Jean Guillou fils ont, en présence du sieur recteur, reconnu qu’ils n’ont dit cette calomnie que par impulsion du Malin Esprit, avouant que en aucun temps ils n’ont vu la dite Cabellic commettre une telle action, et qu’elle ne le pouvait faire même dans ce temps n’y dans l’endroit, ladite Cabellic estant alors chez elle,
Déclarant n’avoir jamais connu dans la dite Cabellic moindre tache d’impureté, n’y ouys dire qu’elle fust capable d’aucune action de cette nature.

C’est pourquoi la dite Cotten et le dit Guillou demandent avec raison pardon:
Premier à Dieu, audit sieur recteur et aux dits Trividic et femme de la calomnie avec promesse qu’en quelques endroits qu’ils entendront parler, persuader du contraire.

Et pour que la réparation soit publique et proportionnelle à la faute, la dite Cotten et son fils Guillou

1) promettent répéter à l’issue de la grand messe déclarations ci-dessus rapportées devant douze personnes de ses parents et amis
2) se soumettent de faire réparations publiques en justice à leurs frais
3) payent aux dits Trividic et Cabellic la somme de trente livres.»
(Relevé par Anne Bloc’h)

Prenant peur, les calomniateurs se réfugient près du recteur qu’ils chargent d’une mission de médiation, reconnaissant les faits.

L’ecclésiastique dans l’affaire n’oublie pas ses propres intérêts et est manifestement l’inspirateur direct de l’arrangement passé devant notaire car les priorités initiales sont inversées. Certes, les faits sont reconnus et déniés, l’engagement est pris de réparer et de faire cesser la calomnie, la victime reçoit un certificat de bonne conduite, mais les coupables demandent pardon d’abord à Dieu (normal car la loi divine a été offensée), puis au Recteur (on ne voit pas pourquoi car il n’y est pour rien), et ensuite seulement et encore une fois dans l’ordre à Trividic et enfin à sa femme (la principale victime n’est citée qu’en dernier). Quant à Jean Donnartz, le partenaire supposé, son cas n’et même pas évoqué.
Et pour faire taire la calomnie, c’est à la sortie de la messe qu’ils feront une rétractation publique, moyen habituel de proclamer les nouvelles du village.
A Plouhinec, ce n’est pas la bigoudenie, mais sortir 30 livres de sa poche, ça doit faire aussi mal que dans la paroisse d’à coté, sans oublier, plainte ayant été déposée, les frais de justice engagés.
Nul doute qu’après la sortie de la messe, les commères ont eu quelque chose à se mettre sous la dent!
Centre Généalogique du Finistère

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