Sea speed and fun

Littoral a diffusé samedi un documentaire intitulé Sea speed and fun, qui revient sur les grands moments de la planche à voile, débarquée en France en 1974. La réalisatrice de ce film s’appelle Laurie-Anne Courson. Installée en Bretagne, à Audierne, elle nous explique à quel point cette histoire est passionnante.

Laurianne Courson

Laurianne Courson

Samedi 9 mai à 16H15, Littoral diffuse Sea speed and fun. L’occasion de revenir sur l’histoire de la planche à voile qui a fait son apparition en France en 1974, sur une plage de La Trinité sur Mer. Inventée par les Américains, elle a trouvé en France un terrain de prédilection plus que propice. En quatre décennies, des champions se sont illustrés, et les Français se sont régalés. Entretien avec Laurie-Anne Courson, la réalisatrice du film.

"Tour du Finistère" baie d'Audierne

« Tour du Finistère » baie d’Audierne

Quelle est la motivation première de ce film ?

L’idée de ce film est née d’un constat très simple: tout le monde connaît quelqu’un qui a fait de la planche à voile, à un moment ou à un autre de sa vie, sur quelque côte que ce soit ! « Le monde se divise en 2 catégories: ceux qui font de la planche à voile, et ceux qui vont en faire », avait écrit un magazine dans les années 80 !
En allant un peu plus loin, on peut même affirmer que dans chaque garage du littoral français, on trouve encore un vieux flotteur ! Cela peut paraître anecdotique, mais cela révèle que la planche à voile a été un véritable phénomène de société, qui a touché des millions de Français de tous horizons.

Silver Cup Kona Audierne 2010

Silver Cup Kona Audierne 2010

Moi qui n’ai jamais pratiqué, j’ai été très vite convaincue que l’histoire de ce sport, populaire par excellence, racontait en fait l’histoire d’une société avide de temps libre, de sensation, ou de nature, tout simplement. J’étais fascinée par les codes créés par cette génération qui se posait contre les institutions sportives, culturelles et politiques.

 

 

Sea speed and fun, un film de Laurie-Anne Courson. Coproduction Aligal production

Qu’est ce qu’est vraiment devenue la génération glisse après le boom ? Est-ce que ce sont les mêmes qui sont partis vers le kitesurf?

Il est vrai que depuis 1990, la planche à voile se fait plus rare sur les plans d’eau. En 1984, 500 000 flotteurs furent vendus dans le monde, contre moins de 200 000 en 1991.
Comment expliquer ce déclin radical? Par la concurrence des nombreux sports « outdoor » qui se sont multipliés très vite à la fin des années 80 (surf, VTT, escalade, rafting, snowboard, etc…), mais pas seulement.
De nombreux pratiquants accusent le sport lui-même de s’être coupé de sa base, en devenant technique, sensationnel, voire élitiste. Il faut aller plus haut, plus vite, et plus radicalement. Le chercheur Alain Loret, auteur d’une enquête passionnante intitulée « Génération Glisse » n’hésite pas à comparer cette recherche de sensation avec les effets d’une drogue. Ce sont « les junkies de la déferlante ».
Ce qui est certain, c’est que les puristes sont toujours sur l’eau aujourd’hui. Ce sont des watermen par excellence. Ils pratiquent tous les sports de glisse avec la même avidité: kite-surf, skate, surf, puddle, funboard… qu’importe le flacon, pourvu qu’ils aient l’ivresse.

Planche à voile à l'ile aux vaches - Photo J. Evenat

Photo J. Evenat

Est-ce que l’esprit de la planche survit dans d’autres disciplines aujourd’hui ? Sous la même forme ?
Sur de nombreux forums internet, on peut lire des témoignages nostalgiques, souvent touchants, d’anciens pratiquants dépités par le déclin de leur passion. « La planche est aussi importante que l’air qu’on respire », raconte un quarantenaire à la narratrice qu’il prend en stop dans notre film. Tous deux se rendent à La Torche, où se tient une épreuve du championnat du monde de windsurf. Un événement grandiose, qui n’avait pas eu lieu depuis 20 ans sur la pointe bretonne, et qui rassemblera 110 000 visiteurs! Une preuve, s’il en fallait une, que l’esprit de la planche n’est pas mort!

Pourquoi ce sport a-t-il mieux marché en France qu’ailleurs ?
Pour une raison toute simple, au départ: l’inventeur américain de la première planche, la Windsurfer, n’avait pas déposé de brevet en France au début des années 70. Cet oubli a donc permis à d’innombrables petits fabricants français de s’inspirer de la Windsurfer sans avoir à en payer la licence! En 1984, une planche sur six vendue dans le monde est française. La France est devenue le berceau des sports de glisse.

"Sealion" en  baie d'Audierne

« Sealion » en baie d’Audierne

Paddle en baie d'Audierne

Paddle en baie d’Audierne

Est-ce qu’on peut être définitivement rassurés aujourd’hui sur le maintien de la discipline planche aux JO ?

Le petit monde du windsurf a effectivement tremblé en 2012, lorsque la fédération internationale de voile a annoncé la disparition de la planche aux Jeux Olympiques de 2016, pour la remplacer par le kitesurf. Pour la France, et ses nombreux ambassadeurs (Jenna de Rosnay, Nathalie Lelièvre, Franck David, Antoine Albeau, Faustine Merret, etc…), le coup fut dur. C’était définitivement la fin d’une époque…
Mais après de longues palabres, la planche a finalement réintégré le giron olympique. L’histoire continue.

Propos recueillis par Aline MORTAMET

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