Pêche maritime : Homards et Langoustes – Ouest Eclair

Ouest Eclair du 6 mars 1902

L’intéressante revue Science. Arts Nature publie un exposé de la situation en ce qui concerne la pècho actuelle des homards et langoustes. Depuis quelques années, une grande partie de langoustes dites Françaises, vendues vivantes aux halles, viennent du Portugal et d’Espagne. Des bateaux viviers les amènent aux ports bretons où on les conserve dans, d’immences bassins en attendant la vente.

C’est que homards et langoustes diminuent chaque année dans les eaux françaises. Un bateau de Groix qui péchait, il y a quinze ans. 4 à 500 crustacés chaque semaine, en ramène aujourd’hui 70 à grand peine.

Les cotes rocheuses de la Bretagne qui fourmillaient de homards et de langoustes (en une saison les pêcheurs d’Audierne en vendirent pour 500.000 francs !) sont presque désertées par ces crustacés. Chaque année il faut aller plus loin vers le large pour les rencontrer et, depuis deux ans, les pêcheurs de Paimpol et du Conquet vont s’installer de mai à septembre au Palais, à Belle-Ile-en-Mer, d’où ils vont au large poursuivre la langouste sur leurs cotres de 5 à 12 tonneaux, de Brest aux Sables-d’Olonne.

Cette disparition des crustacés de nos côtes tient à ce que la pèche n’en est pas interdite pendant le fraie, du 15 novembre au 15 mars. Mais elle tient surtout à ce que des règlements existants demeurent lettre morte.

La vente des homards et langoustes courte, c’est-à-dire ayant moins de vingt centimètres de longueur, est interdite. Les pêcheurs ne vendent donc, en présence du syndic, que des homards de taille réglementaire ; mais, dès que le syndic est parti, ils tirent d’une cachette du bateau les crustacés courts et les vendent tranquillement.

Il est aussi interdit de vendre les femelles oeuvées, c’est-à-dire remplies d’oeufs.

Non seulement elles sont mises en vente, mais encore elle sont recherchées, parce qu’elles sont plus savoureuses, et aussi parce qu’on prépare avec les oeufs une sauce estimée. Comme une femelle pond, ert moyenne, trente mille oeufs, on voit quelles pêches futures les marins sacrifient pour un misérable bênéfice.

Enfin. en ce qui concerne la pèche exercée conformément aux règlements, on doit regretter la coutume d’aller pécher loujours plus au large, coutume qui a pour effet d’éloigner les crustacés de nos cotes.

La situation est donc difiicile : l’avenir est menaçant.

Nous possédons, dans l’arsenal des ordonnances, le moyen d’entraver une destruction irraisonnée d’une source précieuse, de richesse. Il faut espérer qu’une application énergique des règlements, en protégeant les pécheurs contre eux-mêmes, sauvera nos pêcheries bretonnes.

Recherches des archives Jean-Jacques Pérès

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