La pêche à la sardine donne d ‘excellents résultats

Ouest-Eclair du 22 octobre 1917

Pourquoi faut-il qu’on doive la limiter ?

21 octobre. — De l’envoyé spécial de Ouest-Eclair. — La campagne sardinière, cette année aura été extrêmement fructueuse pour les populations de nos côtes. Jamais, en effet, le poisson n’a disparu, comme il le fit trop souvent par le passé. Au contraire, il s’est toujours montré en abondance et les prix sont restés constamment à un niveau rémunérateur.

Autrefois, c’est avant la guerre que je veux dire, cette pêche était pratiquée, à Douarnenez, par 350 bateaux environ. La flottille, bien entendu, n’est pas- aussi nombreuse en 1917 : les circonstances ont éloigné tant de marins, qui font bravement leur devoir dans les tranchées ou sur les océans et dont plus d’un, hélas ! ne reverra plus le pays breton. Le port a, cependant, armé encore 330 barques au moins. Un pareil chiffre pourrait surprendre et sembler énorme. Il s’explique…

Les équipages nécessaires ont été recrutés avec beaucoup de difficultés. Mais on est enfin parvenu à les constituer.

D’abord, et vous vous en souvenez sans doute, les pouvoirs publics, après de longues hésitations, se décidèrent, un beau jour, à démobiliser un certain nombre de marins, afin que la pêche maritime, si précieuse pour le ravitaillement national, ne fût pas complètement délaissée. A ces hommes, qui venaient de quitter l’uniforme, se sont joints les marins d’hier, ces vieux loups de mer pour lesquels, cependant, l’heure de la retraite est depuis longtemps sonnée, et, de même, les marins de demain, les tout jeunes, qu’en temps ordinaire, on eût consenti à embarquer au seul titre de mousses ou de novices.

Et puis, il y a les permissionnaires. Bien que la flotte n’ait jusqu’à ce jour distribué des permissions qu’avec une excessive parcimonie, il se trouve constamment, dans un port comme Douarnenez où tout le monde est marin, un certain nombre de rudes gaillards, qui profitent de leurs quelques jours de repos pour courir quelque poisson, histoire de se refaire la main et de laisser un peu d’argent à la maison avant de repartir.

Enfin, la pêche de la langouste, qui se faisait jusqu’au Cap Blanc, sur les côtes de Mauritanie, a dû être momentanément abandonnée, en raison des dangers de la guerre sous-marine. Les bateaux qui la pratiquaient se sont immédiatement transformés en sardiniers. De même, les pêcheurs de maquereaux se sont tournés vers la sardine, parce que le poisson était rare. Et ainsi la flottille a pu s’augmenter sensiblement, au point d’atteindre le total de 350 barques, au lieu des 350 du temps de paix, Cette situation, du reste, n’est pas particulière à Douarnenez. Dans tous les ports voisins, à Concarneau, à Audierne, à l’île Tudy, au Guilvinec, il en est de même.

LIMITATIONS NÉCESSAIRES

En 1917, la sardine donnait de façon satisfaisante. Elle est plus abondante encore, cette année. Malheureusement, pour l’attirer, pour le capturer, il faut lui jeter des appâts. Or, ces appâts sont rares. C’est ainsi que les pêcheurs trouvent difficilement de la rogue, ces oeufs de morue sans lesquels ils ne peuvent travailler. Au mois d’août, n’en ont-ils pas manqué pendant trois semaines ? Le gouvernement, venant à leur secours, a pu leur en fournir une certaine quantité, mais pas suffisament. Chaque bateau, devrait pouvoir jeter à la mer 30 barils de roque. Or. c’est à peine s’il pourra disposer de la moitié de ce chiffre.

Le poisson est …. ne demandant qu’à se laisser vendre et il faut se résigner. Ne plus y toucher. Pour ménager leur provision de rogue, enfin ne pas s’exposer a pn menrpinv nurt foi-5 eivore. les « tanne ont rt*- r.j ri,\ ,i 0 nocher n’nn iours seulement par semaine les barques restent donc à terre et le samedi et le dimanche.

Ce n’est pas tout. Non seulement ils ont réduit le nombre à une sortie, mais encore ils en sont venus à limiter, pire, elle-même les jour où ils prennent la mer Au mois de septembre, chaque barque ne pouvait rapporter plus de 15 000 poissons. Puis, ce maximum a été réduit à 10 000. Cette limitation n’a été maintenue que pendant trois semaines Mais n’est-ce nas trop qu’elle ait pu exister ? D’aucuns ont blâmé les pêcheurs de l’avoir appliquée dans des circonstances actuelles si difficiles au point de vue alimentaire. Mais ils n’acceptent pas le reproche :

Si nous avons été obligés de nous arrêter à pareille décision, m’ont expliqué plusieurs d’entre eux. c’est que nous n’aurions nas trouvé la vente d’une pêche plus abondante. Les fabriques de conserves, en effet, ne pouvaient pas nous prendre davantage de poissons.

Et c’est vrai, malheureusement. Les usiniers ont eu mille difficultés à se procurer les produits nécessaires. Les huiles et les fers-blancs, en particulier, il leur ont été envoyés qu’en stocks tout à fait restreints. Comment voulez-vous faire des conserves, si vous manquez d’huile d’olive pour cuire le poisson, si vous manquez de boites pour l’enfermer, une fois préparé ? Certaines maisons n’ont dû de pouvoir rester ouvertes qu’à l’obligeance de plusieurs autres industriels, qui ont bien voulu leur fournir ce qui allait leur faire complètement défaut. Aujourd’hui, il en est qui sont à la veille de manquer de combustible. Il y a, pourtant, du charbon à Brest. Ne pourrait-on leur en expédier ? Préfère-t-on les voir cesser le travail, au moment où nous devrions tout mettre en oeuvre pour augmenter nos ressources alimentaires ?

Mais, dira-t-on peut-être, si les usines sont incapables d’absorber davantage de sardines, pourquoi les mareyeurs ne se décideraient-ils pas à faire des achats plus importants ? Le poisson qui ne serait pas immédiatement livré à la consommation, n’ont-ils pas le moyen de le conserver pour l’hiver, en le salant, en le mettant « sous presse » ? Evidemment, l’idée est bonne. Les mareyeurs, il faut leur rendre cette justice, ont songé tout de suite à la réaliser. Mais, hélas ! il est des limites à leur bonne volonté. Ils se trouvent, eux aussi, en face de sérieuses difficultés.

La sardine, pour qu’ils puissent l’utiliser, doit-être grosse. Or, celle qu’on pèche à Douarnenez depuis quelques jours est de dimension par trop réduite. Et puis, pendant les chaleurs, le salage réussit mal. Voilà pourquoi, cet été, les mareyeurs n’ont guère commencé, avant le mois de septembre, à mettre «. sous presse ». Enfin et surtout, le sel, comme pour les usines, l’huile et le fèr blanc, comme, pour le pêcheur, la rogue, le sel menace, lui aussi de manquer. Avec de l’argent le prix de la tonne est .passé de 25 et 30 francs, à 240 et 245 francs — il devient presque impossible de s’en approvisionner. Et, faute de sel. les mareyeurs doivent limiter les salaisons. D’autre part, en présence des prix élevés, la population consomme moins de sardine fraîche qu’en temps de paix.

L’industrie sardinière, vous le voyez souffre sérieusement de la crise économique nu milieu de laquelle nous nous débattons.

Recherche d’archives Jean Jacques Pérès

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