La famille Fenoux-Partie 4

Un Fenoux peut en cacher un autre

Michel BESCOU, Musée maritime d’Audierne
Christian BOLZER, Centre de généalogie du Finistère

 

Maurice Edouard Eugène Marie Fénoux, Sénateur du Finistère
Maurice Fenoux

Maurice Fenoux

Fils de Victor, l’ingénieur et d’Amélie Homon, il est né à Morlaix le 17 août 1863. Il épousera à Pont-Croix, le 10 Août 1896 Henriette Fanny Marie Alavoine, propriétaire née à Pont-Croix le 25 mars 1874, fille de Adolphe Marie décédé le 3 septembre 1893 à Plozévet et d’Honorée Marie Veisseyre.
A son sujet, je ne peux faire mieux que de reprendre sa rubrique nécrologique telle qu’elle figure le 2 juillet 1930, dans « La Dépêche de Brest et de l’ouest », ancêtre du Télégramme :

 » Maurice Fénoux, né à Morlaix le 17Août 1868 , fut d’abord clerc principal d’avoué à Paris, puis avocat. Il fit son volontariat d’un an au 7ème Hussard de Pontivy puis entra dans la magistrature. En 1888  il débuta en qualité de juge suppléant au Havre. Il fut ensuite successivement juge à Ancenis, juge d’instruction à Châteaubriant et juge à Châteaulin (1892), juge d’instruction à Brest (1899), conseiller à Brest ‘1906), enfin président du tribunal civil de Lorient en 1907. Telle fut sa carrière de magistrat ».

Mais c’est surtout sa vie politique que nous voulons évoquer ici.
Alors qu’il faisait déjà partie de l’assemblée communale de Pont-Croix à laquelle il appartient du 1er mai 1904 au3 mai 1923, Maurice Fenoux est élu conseiller général du canton de Pont-Croix le 3 août 1904 par 2943 voix contre 2692 à son concurrent Mr Henri de L’Ecluse dont l’oncle Emile de l’Ecluse était maire d’Audierne.
Par ses origines, par ses attaches de famille, par ses intérêts autant que par ses affections, M.Fénoux était l’homme du Canton. Jeune, actif, doué d’une intelligence et d’une expérience des affaires qu’attestaient la situation importante à laquelle il était parvenu dans la hiérarchie, M.Fénoux offrait un ensemble de garanties incontestables.

Les républicains de Pont-Croix avaient besoin, pour les aider à franchir une passe difficile, d’un nom populaire comme le sien : aussi l’idée de sa candidature était-elle venue à l’esprit de tout le monde, lorsque M.Piriou, conseiller sortant, avait manifesté son intention de quitter la vie publique.

M.Fénoux se présentait aux suffrages des électeurs en toute indépendance et sous les meilleurs auspices. Il appartenait à une vieille famille du Finistère, où son père a laissé comme ingénieur en chef et comme inspecteur général des ponts et chaussées, un souvenir durable, ayant rendu de signalés services au pays. Par lui, M.Fénoux avait été familiarisé de bonne heure avec les besoins de nos populations ouvrières, agricoles et maritimes. Rappelons aussi que M.Allavoine, son beau-père, avait su s’inspirer des saines traditions d’honneur et de probité politique pour dignement représenter, jusqu’à sa mort, le canton de Pont-Croix.

Tombe Fenoux au cimetière d'Audierne

Tombe Fenoux au cimetière d’Audierne

M.Fénoux, dont les avis étaient très écoutés au sein de l’assemblée départementale, y siège jusqu’en 1922. Il y préside avec autorité et compétence la Commission des Travaux Publics et est élu Vice-président du Conseil Général en 1912.
Entre-temps, en 1908, une élection sénatoriale partielle ayant été rendue nécessaire pour pourvoir au remplacement de M.de Chamaillard, M.Fénoux, à la date du 31 mai de cette même année est désigné comme candidat républicain par 461 voix contre 127 à M.de Kerjégu, en un congrès tenu à Châteaulin. Le candidat se montra prêt à répondre à l’espoir de ses amis dans une œuvre d’union, son nom ayant été choisi comme étant l’un de ceux sur lesquels une entente pouvait le mieux se réaliser.
M. Fénoux n’aurait jamais consenti à se présenter avant de s’être assuré que les lutteurs républicains les plus anciens, M. Swiney, M.Hémon, M.de Kerjégu ne songeaient pas eux-mêmes à solliciter les suffrages des électeurs. Mais tous les trois s’étant effacés devant lui, M. Fénoux répondit à l’offre qui lui était faite d’enthousiasme par la majorité des élus républicains du Département.

L’élection du 11 Juin 1908 ne lui fut cependant pas favorable. La majorité absolue étant de 661 voix, M. Fénoux n’obtint que 576 voix et son concurrent, M.Fortin, conseiller général, libéral, 609 voix. Au deuxième tour, M.Fortin était élu par 663 voix, M. Fénoux en obtenait 640.

M. Fénoux devait être plus heureux à l’élection du 7 janvier 1912. La majorité absolue était de 639 voix, les résultats furent les suivants :1er Tour : M.Pichon, s.s. prog., 732 voix, Elu ;M.Delobeau,s.s.prog, 700voix, Elu ; M.Fortin,s.s .libéral,665 voix, Elu ;2ème tour : M.Hemon, dép. répub., 661 voix, Elu, ; 3ème tour :M.Fenoux, c.g.rép.,700 voix, Elu. Il battait par 93 voix de majorité l’amiral de Cuverville.

Au renouvellement du 9 janvier 1921, Maurice Fénoux, dont la popularité allait croissant, fut élu dès le premier tour…677voix.
Au renouvellement d’octobre 1929, M. Fénoux était élu, par 729 voix et toute la liste de gauche avec lui.
Maurice Fénoux était inscrit au groupe de l’Union Républicaine, il était secrétaire de la haute assemblée, vice-président de la commission de la marine, membre de la commission de législation civile, membre du conseil supérieur des Haras et du comité supérieur des mines, membre de la commission supérieure du Crédit mutuel maritime, du conseil supérieur des pêches maritimes, du conseil d’administration de la caisse nationale de prévoyance au profit des marins français, Il était spécialisé dans les questions intéressant les marins pêcheurs, les ports de pêche et l’élevage.

Maurice Fénoux eut une conception politique faite pour rallier tous les citoyens épris de progrès, dans l’ordre et par le travail. Il fut un sincère et ferme républicain, un ardent patriote aussi, passionnément épris de sa grande comme de sa petite patrie.
C’était un enfant de chez nous, et on en gardera le souvenir d’un caractère affable et bienveillant.
Esprit précis, expérimenté en affaires, il travailla utilement et sans bruit à la prospérité de notre région et du département.

M. Fénoux et la Mutualité

Maurice Fénoux n’a cessé de soutenir, depuis de longues années, les efforts faits par les sociétés de secours mutuels de notre département pour garantir les travailleurs des villes, de la campagne et de la mer des risques de l’existence. Il a été l’un des premiers à approuver l’idée de la constitution, à Brest, d’une union mutualiste départementale, autour de laquelle devaient se grouper toutes les sociétés de secours mutuels pour pouvoir poursuivre la grande tâche sociale, qui est la raison d’être de la vaste institution qu’est la mutualité. C’est le dimanche 10 Décembre1905 que l’Union mutualiste du Finistère a été créée à Brest, après une magistrale conférence qui avait été faite, à la salle des fêtes, par M.Pierre Lacroix, membre du conseil supérieur de la mutualité, président fondateur du « pain de la Mutualité » et président de l’Union des sociétés de secours Mutuels de la Gironde.

M.le Docteur Pilon, alors conseiller général du Finistère, en fut d’enthousiasme élu le premier président et, tout de suite, M. Fénoux lui prêta le concours le plus dévoué pour arriver à donner à ce mouvement départemental toute l’importance qu’il devait avoir.

A M.le docteur Pilon avait succédé à la présidence de l’Union M.le Docteur Houdart, puis M.Pellé, qui avait provoqué la venue à Brest de M.Pierre Lacroix, en fut élu président. C’est à partir de cette époque que l’Union Mutualiste du Finistère prend un réel développement.

S’il survient quelques difficultés administratives- et il en survient forcément dans le fonctionnement d’une œuvre de cette importance- c’est toujours au concours empressé de Maurice Fénoux que le bureau de l’Union faisait appel et elles étaient aplanies.

Aussi, le conseil d’administration de l’Union Mutualiste du Finistère, composé des présidents et des délégués de toutes les sociétés qui lui sont affiliées décida-t-il un jour de conférer à Maurice Fénoux le titre de Président d’Honneur.
L’année dernière, l’Union mutualiste du Finistère a tenu l’une de ses assemblées générales statutaires annuelles à Quimper et elle en avait confié la Présidence d’honneur à Maurice Fénoux qui était entouré de la respectueuse et très vive sympathie de tous les mutualistes  Finistériens.

M.Marc, le président actuel de l’Union mutualiste du Finistère, assura Maurice Fénoux de la reconnaissance de tous les mutualistes, et M.Pellé, le fondateur et le président honoraire de ce groupement, qui avait plus particulièrement vu Maurice Fénoux à l’œuvre, avait rappelé, en termes vibrants et aux applaudissements répétés des mutualistes présents, les grands et intéressants services rendus par le président d’honneur de l’union au monde du travail affilié aux œuvres sociales de notre département.

Une chaleureuse ovation fut faite à Maurice Fénoux, qui prononça à cette occasion un très beau discours.
Maurice Fénoux était en rapports presque journaliers avec le bureau de l’Union mutualiste du Finistère- où il ne comptait que des amis -M.Piriou, vice-président et conseiller municipal, de passage à Paris, il y a quelques jours, était allé saluer Maurice Fénoux et était rentré à Brest profondément peiné de l’état dans lequel il l’avait trouvé.
Maurice Fénoux s’est toujours intéressé au sort des déshérités de la vie. Voilà qui explique et justifie l’inaltérable affection que tous les mutualistes lui portaient »…

Il est l’auteur d’un article « richesse économique du Finistère » dans « l’explorateur Français » du 5 juillet 1923, p35/38.
Maurice Fénoux et le naufrage du trois-mâts norvégien Bessel

Maurice Fénoux et le naufrage du trois-mâts norvégien Bessel
Le Bessel le long du môle. 2ème échouage le 29 octobre. Le navire restera dans cette position jusqu’au 24 novembre 1912

Le Bessel le long du môle. 2ème échouage le 29 octobre. Le navire restera dans cette position jusqu’au 24 novembre 1912

C’est un beau trois-mâts barque de 46,60 mètres de long et de 432 tonneaux qui se trouve désemparé le 28 octobre 1912 dans la baie d’Audierne en proie à une forte tempête de suroît.

Ce bateau, à la coque métallique, construit en 1869 (il était assez semblable à quatre mètres près à notre Belem, il était également peint en blanc et noir) et battant pavillon norvégien était chargé de 838 tonnes de phosphate qu’il convoyait d’Aruba dans les Antilles néerlandaises vers Nantes.

Ayant essayé de se réfugier dans le port d’Audierne, mais n’étant plus navigant, il mouille à quelques milles de l’entrée du port non sans avoir au préalable lancé des appels de détresse. Une chaîne de ses ancres ayant cassé, il s’échoue devant l’entrée du chenal à 150 mètres du phare du Raoulic et son équipage de dix hommes est sauvé par le canot de sauvetage Général Béziat (patron François Autret) et débarqué à Sainte Evette vers 22 heures (en mars 1913, pour cet acte de bravoure, l’équipage du Général Béziat obtient de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés le prix « Amiral Lalande » doté de 800 francs). Dans la nuit, avec les coups de vent et la marée, le bateau se déséchoue et vient seul, sans personne à bord, heurter le môle du Raoulic, s’immobilisant une seconde fois sur les rochers, le long du môle, parallèlement à celui-ci, à 25-30 mètres du phare.

Le 24 novembre, profitant de bonnes marées, deux remorqueurs tentent de le tirer de sa situation délicate et y parviennent partiellement. Ils réussissent en effet à déplacer le voilier sur 250 mètres jusqu’à l’entrée du petit bassin où, suite à une fausse manœuvre, le bateau se met au travers du chenal, l’obstruant presque totalement et interdisant l’entrée du port aux navires de moyen et fort tonnage.

Aussi invraisemblable que cela paraisse, le Bessel resta dans cette position pendant quatre mois. Il fallut l’intervention du ministre des travaux publics, aiguillonné par nos élus locaux, Maurice Fénoux, sénateur et Georges Le Bail, député, pour prendre la décision de détruire l’épave.

L’affaire ne s’arrête pas là, le règlement juridico-financier de l’opération ne trouvera de solution que 5 ans plus tard et donnera lieu à une décision qui fait encore jurisprudence de nos jours.

La mairie d’Audierne vient d’honorer la mémoire de Maurice Fénoux en donnant son nom au jardin public situé face à la mer au niveau de la passerelle devant l’ancienne Abbaye des Capucins, propriété de la famille Fénoux depuis de nombreuses années.

Dans la partie ancienne du cimetière d’Audierne, le long du mur ouest, les tombes et le monument de la famille Fenoux occupent un grand carré, pas très loin de celle de Guesno et de Dumanoir, autres révolutionnaires locaux. Tarot, le gendre a trouvé place un peu plus au sud avec épouse et enfants. Elles sont aujourd’hui délaissées mais les inscriptions, depuis l’ancêtre Barthélemy Alexandre jusqu’à Maurice le Sénateur sont encore bien lisibles. Passants, vous qui passez….

*un sieur est propriétaire d’une sieurie, terre noble détenue par un roturier

*receveur des devoirs : chargé de percevoir les taxes sur les boissons

*membre actif : Citoyens agés de 25 ans, payant une contribution directe de la valeur locale de trois jours de travail et n’étant pas en état de domesticité. A cette époque, Audierne comptait 1080 habitants.

Bibliographie
– Arbre généalogique publié en 1891 par A.Lemercier (médiathèque Quimper, fonds breton, FB1125
– Chauris, cahier de l’Iroise n°169
– Archives municipales d’Audierne
– Ouest Eclair de octobre 1912 à avril 1913 (Naufrage du Bessel)
– La Dépêche de Brest de octobre 1912 à avril 1913 (Bessel)
– Le mât pilote. Eric Bienfait, l’Echo du Pouldu N° 24 juin 2007.
– Le courrier du Finistère de octobre 1912 à avril 1913 (Bessel)
– Les annales du sauvetage 1912, SNSM (archives SCSN)
– Sauvetage 1978 (Duperré) SNSM.
– Un feu s’allume sur la mer, Henri Queffelec
– Le gardien du feu, Anatole le Braz
– Phares, histoire du balisage et de l’éclairage des côtes de France. Jean-Christophe Fichou, Noël le Hénaff, Xavier Mével.

 

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