La famille Fenoux-Partie 3

Un Fenoux peut en cacher un autre

Michel BESCOU, Musée maritime d’Audierne
Christian BOLZER, Centre de généalogie du Finistère

Victor Marie Alexandre Joseph Fénoux, l’ingénieur, fils de Rémy

Sans doute moins connu que Julien, il a pourtant marqué le Finistère d’œuvres monumentales.

Il naît à Boulogne sur Mer le 5 Février 1831, entre à Polytechnique en 1851 et deux ans plus tard à l’Ecole des Ponts et Chaussées dont il sortira second. Il sera affecté d’abord à Morlaix, puis Brest et enfin Quimper où il deviendra en 1880 ingénieur en chef du département.
Le 23 mai 1857, il épouse à Morlaix Amélie Marie Louise Homon, propriétaire, née à Morlaix le 20 novembre 1833, fille de Charles Louis Homon, négociant, chevalier de l’ordre impérial de la légion d’honneur et de Zoé Gabrielle Pétronille Joséphine Berthomme. Parmi les témoins figure Berthin Le Coustre, frère de sa mère, prêtre, recteur de Rumegies (59).

Viaduc de Morlaix

Viaduc de Morlaix

Le viaduc de Morlaix qu’il conçoit en collaboration avec l’ingénieur Planchat, le plus spectaculaire de la ligne Paris-Brest, fut construit en vingt-huit mois, entre 1863 et 1865. Grâce à cet ouvrage, la ligne Paris-Brest put être établie en 1869. Il s’occupe ensuite de la construction des lignes secondaires de Brest au Conquet, Rosporden à Concarneau, Châteaulin à Camaret, Morlaix à Roscoff.

Dans l’espoir de pouvoir accueillir à Brest les transatlantiques, il dirige un important chantier de rénovation des quais qui, construits sur la vase, ont tendance à s’affaisser. Il entreprend ainsi de creuser la vase jusqu’au roc pour trouver une assise plus stable.

On lui doit aussi la construction du phare du Four (début des travaux en 1868), toujours en collaboration avec l’ingénieur Planchat.
Nommé ingénieur en chef en 1876, il dirige la phase finale de la construction du phare d’Armen et intervient dans la construction de deux autres phares en mer du Cap Sizun, la Vieille et Tevennec, si chargés d’histoires, d’anecdotes et de légendes.

Phare d'Armen

Phare d’Armen

S’il n’a pas participé aux débuts du chantier de la construction de l’Armen, il est bien présent le 22 juin 1877 quand il écrit à Léonce Reynaud, directeur des phares et balises : « …depuis le début de la campagne, la mer, presque constamment mauvaise, a été longtemps défavorable aux travaux d’Ar Men qui ont peu avancé. Jusqu’au 15 courant, date de mes derniers renseignements précis, on avait accosté seulement les 8, 25 et 26 mai, 9, 10 et 14 juin, 6 en tout. Les trois premières marées ont principalement été consacrées à l’installation des appareils de bardage. Du 26 mai au 9 juin la mer a été très grosse et il a fallu employer presque toute la marée du 9 juin à réparer les avaries causées par la mer…les résultats sont médiocres mais il suffirait d’un beau mois pour réparer largement le temps perdu ».
C’est à nouveau lui qui écrit au préfet du Finistère le 12 août 1880 à propos d’Armen : « on peut dire aujourd’hui que cet impossible est réalisé, après 12 années d’effort et l’allumage du phare d’Ar-Men est désormais assuré à bref délai ».

Phare de la Vielle

Phare de la Vielle

Le phare de la Vieille, avec son architecture si particulière est son œuvre. Bâti sur la roche de Gorle Bella, aux pieds de la Pointe du Raz, mythique s’il en est, fut magnifié par Anatole Le Braz dans son roman « Le gardien de feu ».
Ces trois phares ont tous été témoins d’histoires invraisemblables.
Il y a trente et un ans, le phare fut témoin d’un terrible accident qui aurait pu se transformer en véritable tragédie. Le 12 janvier 1978, l’escorteur d’escadre Duperré talonnait la roche de la Vieille, s’y ouvrait comme une boîte de conserve et finissait sa course sur la Plate à quelques encablures. Suite à une erreur de navigation, c’est à 28 nœuds que l’escorteur se dirigeait vers le phare. Fort heureusement, le commandant, qui venait de prendre conscience du danger, avait réussi à infléchir la trajectoire de son navire par un coup de barre à tribord. Il évitait ainsi un choc frontal qui aurait été funeste. Il y avait trois cent onze personnes à bord. L’évacuation de 286 d’entre eux, vers des navires de la marine nationale qui ne pouvaient approcher le Duperré, fut effectuée par les sauveteurs SNSM de l’Ile de Sein. Ce transbordement dura toute la nuit et fut remarquable. Les dangers étaient grands et les dégâts sur le canot des sauveteurs ne le furent pas moins. Le remorquage de l’escorteur vers Brest fut quant à lui extrêmement délicat et périlleux.

Victor Fénoux également divers travaux de balisage, puis est nommé en 1885 Inspecteur Général à Paris.
Il sera chevalier de la légion d’honneur en 1864, puis officier en 1883.
Il nous laisse divers écrits, dont :

  1. Notice sur le Viaduc de Morlaix (Annales des Ponts et Chaussées 1867)
  2. Note sur les navires transatlantiques  grande vitesse (id, 1869)
  3. Notice sur l’archipel d’Ouessant (en collaboration avec Mangin) dans « Les ports maritimes de la France »
  4. Notice sur le Port de Brest (toujours avec Mangin)
  5. Divers rapports annuels au Conseil général du Finistère dans les comptes rendus de session de 1876 à 1885
  6. Lettre à la Société Archéologique du Finistère (dont il était membre) sur des découvertes à l’occasion de la construction des chemins de fer (Bulletin VII, p 129/139 et XI p 43.

Il revient dès 1886 dans le Finistère comme inspecteur général des départements bretons.
Il décède de maladie à Morlaix le 9 septembre 1895 et  fut enterré à Audierne

Viaduc de Morlaix :
Qu’il conçoit en collaboration avec l’ingénieur Planchat. Ce viaduc, le plus spectaculaire de la ligne Paris –Brest, fut construit en 28 mois entre 1863 et 1865.

Gustave Amédée Fénoux
Sauvetage à l'entrée du port d'Audierne

Sauvetage à l’entrée du port d’Audierne

Petit-fils de Barthélémy Alexandre, fils d’Amable le notaire d’Audierne, il y naît le  9 décembre 1828. Elève à l’Ecole Navale, il est embarqué le 1er novembre 1843 sur le vaisseau école Borda et fait trois campagnes en Afrique. Elève à l’école polytechnique en 1848, il intègre ensuite le 1er octobre 1850 le 45e régiment de Ligne avec le grade de sous-lieutenant, puis est nommé lieutenant le 14 mars 1855 alors que du 16 mars 1854 au 9 novembre 1855 il est embarqué pour une campagne en Italie, ce qui lui vaudra la médaille d’Italie. Le 10 novembre 1855, il sera mis en non activité par retrait d’emploi. Il intégrera le 86e Régiment de ligne le 20 février 1856 et y deviendra capitaine le 5 juillet 1859, puis chef de bataillon le 9 novembre 1870. Il intègre alors le 54e de Marche, puis de Ligne dans l’Oise. En 1870 et 1871, il participe à la campagne d’Allemagne. Il sera blessé à la jambe gauche à la suite d’une chute dans une carrière pendant la nuit du 3 au 4 août 1870 lors d’une reconnaissance près du village de Franenberg (Moselle). En 1871, il fait campagne en France (invasion oblige). Il est nommé chevalier de la légion d’honneur par décret du 27 avril 1871.
Mari d’Adèle Barchou, épousée le 02 février 1863 à Morlaix (elle habite sur le quai de Tréguier, en face de chez Amélie Homon femme de Victor Fénoux, l’ingénieur, lequel, avec son père Rémy est témoin au mariage) aura une fille Cécile Adèle  Hélène qui épousera Victor Camus dont trois enfants Adèle, Victor et Yvonne.
Lors de son départ en retraite, en décembre 1874, il se retirera à Audierne, Grand rue.
Il y décède le 11 Avril  1893.

Hippolyte Auguste Barthélemy Léon Marie Fénoux, Journaliste
Equipage de la station HSB d'Audierne

Equipage de la station HSB d’Audierne

Rédacteur en chef de l’Echo du Havre, dit « le doux Fénoux »
Fils de Charles Marie Auguste Fénoux, vérificateur des douanes (un des fils de Bathélémy Alexandre, né à Audierne) et de Héleine Eulalie Elisabeth Boisney (elle est née au Havre, fille d’un négociant de la ville)  il est né au Havre le 24 mai 1842 et y passera toute sa vie, devenant publiciste, journaliste, rédacteur en chef du « Journal du Havre », organe d’opposition républicaine fondé en 1867, du « Petit Havre » et de « L’écho libéral ». Il est par ailleurs secrétaire de l’oeuvre de l’hospitalité de nuit et ne cesse de prêter son concours aux œuvres d’assistance, d’enseignement populaire et de vulgarisation artistique.
Il se marie à Paris le 16 Janvier 1869 avec Elvina Augustine Eléonore Max née en 1850, et il leur naîtra un fils Jacques Marie en 1870 (voir ci-dessous). Il fréquente la bonne société de sa ville. Emmanuel Chabrier, compositeur de l’époque dédiera en 1875 à son épouse la valse intitulée « Pervenche ». « La lanterne magique havraise » revue satyrique parue en 1875 et présentantdes mini portraits des bourgeois de la cité le décrit ainsi : « On l’appelle, entre camarades, le doux Fénoux.  Figure extrêmement avenante et sympathique, plume élégante et facile. Ses articles théâtre, publiés dans Le Havre, font sensation, et trouvent parfois un écho dans les colonnes de la presse de Paris. Il ne dit pas toujours ce qu’il pense des artistes aux grandes prétentions de notre humble scène ; mais on peut lire, entre les lignes élogieuses, les réserves de l’homme de goût ; et l’on devine, plutôt qu’on ne voit, la griffe du critique qui fait patte de velours ».
Il sera fait chevalier de la Légion d’honneur par décret du 12 janvier 1903.
Après son décès le 17 décembre 1913, le conseil municipal tint à l’honorer en donnant son nom à l’une des rues de la ville. Détruite par les bombardements ce nom ne fut pas repris au plan d’urbanisme de 1947 mais fut donné, sur l’ancienne commune de Sanvic, à l’ex-voie privée menant à sa propriété.
Au cimetière de Sainte-Adresse, limitrophe du Havre, sa tombe est ornée d’un buste.

Jacques Marie Fénoux

de la Comédie Française, appelé souvent Maurice, notamment sur tout un jeu de photos de Nadar, où il est représenté dans les costumes des rôles qu’il interprète.
Né le 25 Avrril 1870 au Havre, Jacques Fénoux est le fils d’Hippolyte, le journaliste, et d’Elvina Augustine Eléonore Max.
Elève de Monsieur Maubant, en 1893, il est premier prix de comédie et premier prix de tragédie au conservatoire. En octobre 1893, il débute à l’Odéon dans le rôle de Vercingétorix, y  joue ensuite « Don Juan d’Autriche », « Les femmes savantes », « Le Cid », « Le fils naturel »…, crée « Yanlhis », « Les deux noblesses », « Fiancée », « Célimène aux enfers », « Pour la couronne »…. En sortant du conservatoire, il est engagé à la Comédie Française en 1895, en devient sociétaire en 1906 et y reste jusqu’en 1924.
Portraituré par Henri Victor Lesur, cette œuvre sera exposée au Salon de Paris en 1895. Par ailleurs, il existe de lui de nombreuses photographies de Nadar le représentant dans divers costumes de ses rôles.
En 1919,  il devient membre de l’Académie des beaux-arts et sera fait officier de l’instruction publique.
Il épousera à Paris, le 7 Décembre 1906, une demoiselle Jeanne Eléonore Chapuis Prenleloup, d’origine suisse, comédienne et cantatrice à l’opéra comique, et ils habiteront 198 rue de Rivoli à Paris.
Il décèdera à Paris, le 20 juillet 1930.

« Ayant fini son chargement                          Comme un dormeur au jour s’étire :
Et complété tout son gréement,                      Largue ses voiles, vire, vire,
S’en va sur mer le bâtiment !                         S’en va sur mer le grand navire ! … »

Ces premières strophes de la poésie « Le grand navire » de M. Paul Gravollet de la Comédie Française, furent dites par Jacques Fénoux le 7 mai 1905 lors de l’assemblée générale, à Paris, de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés (SCSN).
Au début du XXème siècle chaque assemblée générale de la société de sauvetage, qui se tenait à la Sorbonne,  accueillait un comédien de renom. Des poèmes sur la mer, les naufrages et les sauvetages y étaient ainsi solennellement déclamés.
Le sauvetage sera cette année le thème du Musée Maritime du Cap Sizun à Audierne. Seront présentées l’histoire générale du sauvetage en mer et celle particulière du sauvetage dans le Cap Sizun. Audierne et Sein furent parmi les toutes premières stations crées en France. Audierne en 1865 (la 4ème) Sein en 1866 (la 14ème).
Par la suite, le Cap Sizun comptera jusque cinq stations de sauvetage. Audierne et Sein sont aujourd’hui, au sein de la SNSM, parmi les stations les plus actives en France.
Le littoral du Cap Sizun est très dangereux, lorsque les conditions de navigation ne sont pas bonnes. De très nombreux naufrages s’y sont produits donnant lieu à des sauvetages que l’on peut qualifier pour certains d’héroïques.
Ces histoires nous vous les révélerons au cours de l’été prochain du 12 juin à la fin septembre.
Vous y retrouverez, entre autres, le mât Fénoux protégeant la dangereuse barre d’Audierne, le sauvetage du Duperré qui faillit endommager l’œuvre de Victor Fénoux, le phare de la Vieille, et le naufrage du Bessel dont la gestion de l’épave nécessita l’intervention du Sénateur Maurice Fénoux.

A cette occasion un livre sera édité par le Musée Maritime du Cap Sizun. Il livre retrace l’histoire du sauvetage en général mais surtout dans le Cap Sizun. Abondamment illustré cet ouvrage est le premier
qui traite dans sa globalité de l’histoire des cinq stations du Cap Sizun et des exploits de ses vaillants sauveteurs.
Toutes informations concernant ce livre seront disponibles au Musée Maritime du Cap Sizun.

 

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