Brèves de comptoir

La sonnette de la porte avertissait qu’un ou plusieurs clients venaient d’entrer. La cuisine, qui était la pièce de séjour de la famille, donnait sur la salle de bistrot. Si, à ce moment là, ma mère se trouvait occupée à une tâche qu’elle ne pouvait laisser en plan, elle appelait à l’aide l’un de ses enfants présents. Elle savait évidemment qu’il était interdit de mettre des adolescents à servir au café, mais comment faire autrement.

Bistrot du port

Bistrot du port

J’y allais donc, passant de l’autre côté du comptoir. Celui-ci était recouvert d’une feuille de zinc sur laquelle on posait les verres des clients. Côté « service » s’alignaient le bac pour laver les verres, un égouttoir et le tiroir caisse.
On servait surtout du vin rouge (du 12° d’Algérie), et le matin le petit blanc.
Le standard de verre pour le vin rouge était « le pied plat » ou « le quart », c’est à dire un quart de litre! Il fallait voir ces descentes de gosier! Et parfois on remettait la tournée!

Bistrot du port

Bistrot du port

Bien sûr, il n’était pas poli d’écouter les conversations, sauf si on vous prenait à témoin.
Mais il n’était pas interdit non plus de tendre l’oreille, tout en faisant semblant d’être occupé : là je prenais de leçons de vie que je n’ai retrouvé dans aucun manuel scolaire. Par exemple, lorsque le coiffeur, Ange, venait boire un coup avec son client, vous en appreniez sur les mœurs de nos concitoyens! Bien sûr, si le sujet était plus osé, on jetait un coup d’oeil de mon côté et la conversation se poursuivait alors en breton, question de morale. Et là, il me fallait tendre encore plus l’oreille….

Texte de Charles Raoul

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