Avec « Francine » de Kerandraon à Primelin

Les Primelinois(es)

Promenade sur les pages du Cap, un jour de brume.

Par Mona THOMAS

Porz Tarz - Primelin

Porz Tarz – Primelin

Mardi 5 juin 2012, 20h, Kerandraon en Primelin.

Comment Francine à qui on a fêté ses 90 printemps ce printemps aurait pu savoir qu’un voilier s’était échoué entre le Loch et Porz Bae, dans la nuit de samedi à dimanche. Elle ne peut plus lire le journal et personne -de ses visiteurs attitrés, neveu, aide-ménagère, boulanger- ne lui en a parlé. Je me suis arrêtée chez elle retour de la promenade sur le chemin côtier hier après-midi et en franchissant la porte de sa véranda pour rentrer, je lui ai dit, Et le voilier cassé est toujours là, Francine.

Quoi! Et voilà que je ne suis pas au courant!

Je me suis trouvée bien stupide d’avoir évoqué une chose susceptible d’intéresser la doyenne de Kerdraon en Primelin mais à qui l’injustice du temps refusait une meilleure information. Que n’avais-je su la protéger d’une frustration supplémentaire en prenant aussi bien que ses visiteurs attitrés, neveu, aide-ménagère, boulanger, le parti de me taire. Et c’est fâchée contre moi-même qu’avant de la saluer j’ai dit, Je vais trouver une photo sur le Net, Francine, et demain je vous la montrerai sur l’écran de mon ordinateur.

Le Net, l’Internet ? Mais qu’est-ce que vous dites ! L’Internet ne viendra pas jusqu’ici.

Il viendra, Francine. Demain.

Mais comment vous allez faire ?

Je vais taper « voilier échoué Loch ». Et ça va marcher. Sûr.

Ce mardi après-midi de brume épaisse, je suis allée chez Francine, mon MacBookAir dans le sac à main de MamGoz du dernier chic que j’ai trouvé à O’Puces-Plozévet, chez Louis, mon libraire es livres de poche recyclés et fournisseur de quelques autres merveilles pour trois francs six sous.

Francine, éblouie de soulever un ordinateur si léger, avec Internet compris, pesant moins qu’une boîte de gâteaux, a reconnu au toucher le léger relief d’une pomme dessinée au centre.

Voilier échoué - Port du Loch

Voilier échoué – Port du Loch

Asseyons-nous côte à côte à la table de la cuisine. En agrandissant la photo qu’Alain Perrot a été bien avisé de prendre, j’explique à Francine tout ouïe qu’à Audierne il me semble, des gens ont fait un site sur le Cap et que chaque commune y a sa page. J’explique le site réel -le port, les rochers que je respire, le chemin côtier que j’arpente avec bonheur, le bateau cassé que je découvre dimanche- et le site virtuel -l’image qu’elle va voir sur l’écran, sans autre support que la lumière.

Audierne.info, ça s’appelle. Et voilà le mât, j’ai dit en déroulant l’image.

C’est sombre.

J’éclaircis davantage, j’oriente mieux l’écran.

La digue, vous la voyez ?

C’est la digue, ma foi.

Et là, la plage, le pont, et dans le creux, la crêperie du Loch. On avance, on voit tout ça depuis le chemin là-haut, je dis, de là où on a pris la photo. Et le blockhaus à droite.

Oui, voilà. Et le chemin de… Mais c’est Pors Bae ! Vous m’aviez dit le Loch ! Alors pour vous, c’est pareil !

J’ai trouvé l’image grâce à un nom connu, le Loch.

Tout le monde connaît le Loch, ça c’est vrai. Mais quel joli bateau!

Regardez, là, vous la voyez, la grosse cassure?

Ensuite, pour nous reposer des questions-réponses au sujet de ce qui passionne Francine, l’Internet qui est une toile d’araignée dont on ne verrait pas le bout et une grande foire à l’échelle du monde et une plage à perte de vue, et une page pareille et un site bourré de toute sorte de choses et un site à visiter comme la pointe du Raz si on veut, on tape un mot c’est comme de dire Sésame, ouvre-toi, il n’y a pas de programme, on fait soi-même son programme, nous sommes parties sur la page de Primelin si bien faite et qui a beaucoup plu.

En tout.

Port du Loch

Port du Loch

Nous nous sommes gentiment baladées de Porz en pointe, de chapelle en terrain de foot et avons passé la jolie fontaine sur le chemin charmant qui conduit les piétons de Kerdraon au dernier supermarché avant l’Amérique, sur la D784, en bas. J’avais aussi enregistré la page consacrée à Plogoff et celle de Cléden, c’était bien. À ce point que Francine a dit, Ça faisait longtemps que je n’étais pas allée partout par là-bas !

Et depuis le temps, elle a dit aussi, avec son plus beau sourire, son sourire de capiste, en me raccompagnant à la porte de la véranda, depuis le temps que j’entendais parler d’Internet, ah la la ! Voilà que j’y suis allée, je pourrai dire maintenant.

3 Avril, 2012 – 00:00 – 00:34 Alain Veinstein reçoit Mona Thomas, – auteur de Tanger 54 (Stock):
Mona THOMAS sur France-Culture

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