Arrestation d’un voleur à Goulien en 1790

Les Gouliennois(es)

Sous la Révolution, a eu lieu à Goulien l’arrestation d’un homme recherché pour avoir volé quelques objets dans une maison du village de Kérisit.

Par Thierry GLOAGUEN (Source : Archives départementales du Finistère, dépôt de Brest)

Stèle de Goulien

Stèle de Goulien

Voici l’interrogatoire du suspect, dont le récit est mené de manière particulièrement vivante :

« Ce jour trente juin 1790, neuf heures du matin, nous noble Me Philippe le Gorec, avocat à la cour exerçant la juridiction de Lezoualc’h, (…). A été procédé comme suit, en l’auditoire de Pont-Croix, où s’exerce la dite juridiction, (…) à l’interrogatoire d’un homme, (…), lequel homme a cinq pieds et deux pouces de taille ou environ, couvert d’un pourpoint bleu et d’un gilet bleu en dessous, culottes longues, le tout à la mode du Cap, bas de fil sur laine, ayant aux pieds une mauvaise paire de souliers et boucles de cuivre carrées, barbe, soucis et cheveux courts et noirs, ayant à la main gauche un bonnet rouge, à la main droite estropiée et sans doigts à l’exception du pouce.

Lequel interrogé par le moyen de l’interprète de son nom, surnom, âge, qualité et demeure avant son emprisonnement. Répond par l’interprète s’appeler Yves Tonvel, être âgé de soixante ans, originaire du bourg de Goulien, et demeurant depuis deux ans à Brest coté de Recouvrance, paroisse de Saint-Sauveur, évêché de Léon, où il a été à la journée chez différents particuliers, pendant le long séjour qu’il y a fait.

Rue de la prison - Pont-Croix

Rue de la prison – Pont-Croix

Interrogé par la voie de l’interprète, depuis quand il est dans ces prisons, par qui et à la requête de qui il y a été mis. Répond par l’interprète qu’il y est dans les prisons de Pont-Croix depuis lundi sept de ce mois, entre huit et neuf heures du matin, après avoir été arrêté dans la montagne du Costé Goalarn en la dite paroisse de Goulien, au milieu du chemin conduisant du lieu de Lezoulien au bourg paroissial de Goulien, environ l’heure de minuit, par le nommé Daniel Fichoux, meunier du moulin à vent du dit Costé Goalarn. Lequel en le prenant au corps, lui dit : « il y a bien longtemps que je cherchais à vous attraper dans cette paroisse », ce qui fit à l’accusé lui dire : « pourquoi m’arrêtez-vous ainsi ? »

A quoi Fichoux répliqua : « parce qu’on vous dit voleur, et que vous n’êtes venu ici que pour voler, il faut que tu me suives dans mon moulin », à quoi l’interrogé dit : « pourquoi veux-tu que j’aille dans ton moulin ? », « il faut que tu y vienne », ce qui fit encore au dit interrogé lui dire : « je n’ai fait aucun mal dans cette paroisse, pourquoi donc me prends-tu ainsi au collet, et j’allais au bourg de Goulien, ou chez ma sœur au lieu de Pennarun », « non, non, répliqua Fichoux, il faut que tu viennes dans mon moulin de bon gré, sans quoi je trouverai bientôt du secours pour t’y forcer ».

Lors Fichoux se mit à crier à très-haute voix pour demander du secours, disant avoir attrapé Tounevel. Et aussi l’interrogé vit arriver près de lui Jean Lebeul fils d’Yves, de Kervarguan en la dite paroisse de Goulien.

Place du marché - Pont-Croix

Place du marché – Pont-Croix

Lequel le prenant aussi au collet lui dit : « il y a bien du temps que je cherchais l’occasion de mettre la main sur vous, en ayant été prié par Mathieu Kerloch, qui m’a pour t’arrêter payé bouteille, et qui m’en donnera encore, t’ayant arrêté, et de l’amener même chez lui au lieu de Mesmeur, mais pour ce coup, tu ne m’échapperas pas ».

Lors survint Jean le Mener fils, de Kerguenduy, aussi en Goulien, lequel dit à l’interrogé : « je suis même nommé spécialement pour t’arrêter aussi. Mes amis, tenez-le bien au collet ».

D’après survint le nommé Sébastien Audren du dit lieu de Kerguenduy, qui sans accrocher l’interrogé, dit aussi avoir l’ordre de l’arrêter de la part de Mathieu Kerloch.

Ensuite arriva Yves Riou de Mespirit, aussi en Goulien, qui dit : « pour à présent, il ira à coup sûr chez mon oncle Mazo Kerloch ». D’après arriva Jean Guezennec du lieu de Bréharadec dans la même paroisse de Goulien, qui dit comme tous les autres : « pour le coup, tu iras avec nous chez mon oncle Mathieu Kerloch, pour que nous ayons l’argent des bouteilles qu’il nous a promis depuis long, si nous venions à bout de t’arrêter ».

A tous ceux susnommés se joignit aussi le nommé François le Besque du dit lieu de Bréharadec, qui dit : « pour le coup, nous irons avec lui chez notre oncle Mazo Kerloch, qui cherche il y a longtemps à l’arrêter, mais viens toujours avec nous auparavant à la maison du meunier Fichoux », où l’interrogé fut, étant saisi au collet par les dits Fichoux, Lebeul, Riou et Guezennec.

Après avoir capturé vers minuit Yves Donval sur un chemin, ses gardiens le mènent au moulin de Costé Goalarn, où se déroule un trafic de tabac :

« Et en entrant dans la dite maison, il fut fouillé par Fichoux et autres, et y trouve Clet Carval père, maréchal-ferrant, et le fils du nommé Paul Grall, tous deux de Pont-Croix, qui avaient avec eux une grande poche de tabac étendue au milieu de la maison du moulin. Et entendit Yves Audren père du dit Sébastien du dit lieu de Kerguenduy, qui dit à Clet Carval : « me donnez-vous une de celle-là pour le prix que je vous ai offert ? », « non, répondit Carval, je ne la donnerai pas pour ce prix, mais pour le prix que je vous ai dit, je vous a donnerai ».

D’après, Yves Riou et Jean Guezennec demandèrent ensemble au Carval, s’il ne voulait pas leur en donner au même prix qu’ils avaient offert, et que Carval leur répondit qu’il ne leur en aurait donné qu’au prix qu’il leur avait dit.

Et voyant qu’ils ne pouvaient tomber d’accord sur le prix du tabac, Yves Riou et Jean Lebeul dirent : « lions-le d’une corde, de crainte qu’il ne nous échappe ». Ce qu’ils firent aussitôt, en lui mettant la corde par le milieu du corps, et le conduisant ainsi, et tous ensemble près du presbytère, d’où ils députèrent le dit Riou pour aller au Mesmeur dire à Mathieu Kerloch de venir les joindre.

Et Mathieu Kerloch arrivé dit : « il est donc venu, allons encore une fois le faire voir à monsieur le recteur ». Et ayant frappé sur la porte cochère, et la mère du recteur étant venue demander ce qu’il y avait de nouveau, ils répondirent tous ensemble qu’ils avaient pris un voleur.

Et la mère du recteur ayant ouvert la porte, ils entrèrent dans la cour, et ensuite au presbytère, à l’exception de Mathieu Kerloch qui n’y entra pas, s’étant retiré auparavant chez lui.

Et plusieurs d’entre eux étant allé trouver le recteur, qui n’était pas encore levé, ce dernier leur dit : « je ne me chargerai pas de cet homme, conduisez-le chez Mathieu Kerloch, qui le conduira au maire ».

Et ensuite l’interrogé étant sorti du presbytère avec eux tous, ils le conduisirent chez Mathieu Kerloch au lieu de Mesmeur, et avant d’y entrer, il rencontra à quelque petite distance du Mesmeur le dit Mathieu Kerloch, avec tous ceux de chez lui, et tous les gens de son village, et qui dit hautement : « il y avait longtemps que je désirais pour un louis d’or pouvoir attraper Yves Tounevel, tenez-le bien, il y aura bouteille, puisque vous avez pu me le prendre. Bientôt je trouverai une place pour le mettre, d’où il n’échappera pas ».

Ensuite, on fit entrer l’interrogé chez le dit Mathieu Kerloch qui dit : « mettez-le au coin du foyer, gardez-le bien, jusqu’à ce que nous en ayons donné des nouvelles au maire pour se rendre ici. Fouillez-le ». Ce qu’on fit, et lui ayant trouvé un couteau, Mathieu Kerloch dit : « donnez-le moi » et il s’en saisit en disant : « pour avec ce couteau, il ne fera plus aucun mal ». Couteau qu’il a remis lui-même à Joseph Barbier, geôlier des prisons de Pont-Croix.

Un d’eux étant donc sorti pour aller prévenir le maire de se rendre au Mesmeur. Et cet envoyé de retour avant le maire rendu, dit : « mon oncle Alain m’a dit que nous n’avions pas fait une bonne affaire, l’ayant saisi au milieu de la nuit dans une montagne où il ne faisait aucun vol, et que nous ferions bien de lâcher Touvenel ». « Oh que non, répondit Mathieu Kerloch, nous ferons au maire venir, et il fera son devoir comme les autres ».

Et le maire étant un instant après arrivé, Mathieu Kerloch lui dit : « cousin Alain, venez voir Tounevel, le voici au coin du foyer, un grand homme de lui ».

Et le dit Alain Trividic maire, étant approché de l’interrogé, le salua en riant, et aussitôt tourna le dos pour se rendre auprès de la table. Et s’y étant rendu, on lui présenta un écrit à signer, et fait avant son arrivée. Lors Alain Trividic maire dit : « je signerai pour vous obliger ce que vous avez fait, mais si vous voulez me croire, vous agirez prudemment en le laissant s’en aller. » « Que non, répliqua Kerloch, j’ai douze livres à dépenser à son sujet aujourd’hui. » Et Yves Riou de Mespirit dit après Kerloch qu’il avait aussi six livres à dépenser à cause de l’interrogé, et pour le même sujet. »

Sur les quatre heures du matin, l’interrogé vit encore arriver au Mesmeur Daniel Goraguer de Kerguerien, Henry Moan de Kervéguen, Jean le Quéré de Trohalu, Clet le Moign de Lannourec, et Jean le Bras de Kervalguen, qui dès leur entrée signèrent le billet qui avait été rédigé hors la présence du maire, et qu’il avait aussi signé.

Et sur les cinq heures du matin, l’on fit partir du Mesmeur l’interrogé, toujours garroté par le milieu du corps, pour se rendre en la ville de Pont-Croix.

Et passant par le chemin qui conduit au presbytère et au grand chemin pour venir à Pont-Croix, s’y étant trouvé une grande affluence de monde, même la mère du Recteur et d’autres personnes du dit presbytère, Mathieu Kerloch dit hautement à être entendu de tout le monde : « avant que je quitterai Tounevel, je lui ferai mettre aux pieds une paire de bas de soie ».

Et d’après, ayant continué leur chemin, ils arrivèrent ensemble en la dite ville de Pont-Croix. Entre les huit à neuf heures du matin, l’interrogé étant escorté de Mathieu Kerloch, Daniel Goraguer, Alain Trividic, Henri le Moan, Jean le Bras, Yves Urcun, Clet Moign, Jean le Quéré, Jean Guezennec, François le Besque, Yves Riou, Jean Lebeul et Daniel Fichoux, qui de suite le conduisirent à la porte des prisons de Pont-Croix.

D’où étant Mathieu Kerloch et Alain Trividic aller chez M. de Clermont, d’où les dits Kerloch et Trividic étant retournés à la porte de la prison, et étant tous deux accompagnés du dit sieur de Clermont maire, l’interrogé fut sur le champ mis dans les prisons.

Et Mathieu Kerloch seul recommanda à Joseph Barbier geôlier d’icelle, de ne donner au dit Tounevel qu’une livre et demie de pain par jour avec de l’eau (…).

Interrogé par la voie de l’interprète si dans l’Avent de 1788, il n’avait pas volé de nuit au village de Kerisit paroisse de Goulien chez le nommé Primel Castel deux brassières de toile, une étoffe bleue, un tablier de berlinge, une culotte d’étoffe, une jupe de laine bleue, un souil de toile, une cape de femme, une nappe et environ un tiers ou un quart de tourte de pain. Répond par l’interprète n’avoir jamais rien pris ou volé chez Primel Castel ni ailleurs. (…).

Le suspect resta en prison à Pont-Croix jusqu’à sa mort en février 1791.

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